L'instinct maternel

 

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Il peut se passer d'étranges choses quand une femme désire un enfant coûte que coûte, au point de ne reculer devant rien. Au point d'en perdre la raison. Mais sans bébé point d'héritage, c'est écrit dans le testament de feu-monsieur-le-mari-qui-s'est-cassé-le-cou-dans-l'escalier. Alors, n'est-ce-pas? La veuve doit ruser, inventer des stratégies de remplacement au risque de se fourvoyer dans le crime. Pourquoi, par exemple, ne pas enlever, puis séquestrer une jeune femme enceinte à laquelle personne ne s'intéresse et dont la disparition passera inaperçue ? Pour quoi ne pas attendre sagement qu'elle accouche pour lui voler son bébé ? Voilà qui paraît beaucoup plus simple que de souffrir les inconvénients d'une grossesse tardive !

 

 

Mon avis 

 

Richard et Jeanne, couple bourgeois semble filer le parfait  amour depuis de nombreuses années bien qu'aucun enfant ne soit né de leur union. Après de multiples essais, de grossesses non abouties, Jeanne est dans l'incapacité de donner la vie.

« Richard lui avait confié la mission d’assurer sa descendance et elle avait failli à sa tâche. Car les médecins furent formels : elle était l’unique responsable du néant qui, brutalement, s’installa dans leur couche ».

Très vite, on entre dans l’intimité de ce couple et l’on comprend que ce bonheur n'est que façade afin de donner le change aux yeux de tous. 

« Le marché était clair : il lui assurait le luxe et le confort dont elle ne pouvait se passer tandis que, de son côté, elle tiendrait le rôle de l’épouse docile et comblée."

Un jour,  lors d’une dispute, Jeanne commet  l’irréparable : elle tue son mari.

« Il fait demi-tour et s’apprête à redescendre. Il lui tourne le dos. Jeanne se sent perdue, elle ne parvient plus à s’accrocher à quoi que ce soit de concret. Tout lui échappe et Richard lui tourne le dos. Il s’éloigne d’elle, il l’abandonne une nouvelle fois. Elle sait qu’elle va souffrir terriblement. Dans une minute, elle sera seule et elle aura mal. Elle le sait et ne peut rien faire pour endiguer la douleur. Elle ne supporte pas. Un cri déchirant monte de ses entrailles, mais se bloque dans sa gorge. Elle ouvre la bouche à s’en décrocher la mâchoire pour projeter son hurlement loin d’elle….

Le cri jaillit alors, terrifiant, animal, tragique. Richard n’a pas le temps de se retourner qu’elle s’est jetée sur lui, les yeux exorbités. D’une main, elle le saisit par les cheveux, se retenant de l’autre à la rampe de l’escalier, et le propulse violemment vers l’avant. Puis, elle le regarde tomber, lourdement,  jusqu’en bas. Richard est mort sur le coup. Sans souffrir. Ce que Jeanne a déploré amèrement."

Elle se voit dès lors héritière du défunt,  mais sa joie est de courte durée à la lecture du testament  : sans héritier, point de fortune.  Humiliée, blessée, elle apprend qu’une grande partie de la fortune de Richard revient à une parfaite inconnue. 

Qui est donc cette impudente qui ose se mettre entre l’argent et Jeanne ?

« Paris, le dix-sept-mars de l’an deux mille deux. Moi, Richard Tavier, sain de corps et d’esprit, lègue tous mes biens à Suzanna Da Costa, née le 13 avril 1975 à Oeiras, résidant actuellement à Paris, au numéro dix de la rue Tesson, dans le onzième arrondissement.»

Dès lors, dans l’esprit de Jeanne qui vacille peu à peu (une voix insidieuse et méchante s’incruste dans sa tête), seule la mort de cette femme (un meurtre supplémentaire n’est rien) lui permettra d’hériter.

Mais les choses ne se passeront pas comme elle a décidé car elle découvre avec stupeur que cette maîtresse est enceinte de son époux. Une machination machiavélique germe dans l’esprit dérangé de Jeanne : enlever Suzanna, la séquestrer et s’approprier son enfant. Ce même enfant qui lui apportera la fortune. Mais tout s’enchaîne, tout dérape. On découvre au fil des pages une femme épuisée moralement et physiquement qui s’accroche à ses biens, à son argent. Elle nous fait plonger dans son enfer. La folie devient son guide. Le calvaire que subira Suzanna est hallucinant, à la limite de la raison. Je vous laisse découvrir la cruauté, l’acharnement, la folie d’une femme prête à tout pour garder, fortune, rang et honneur.

L’un de mes coups de cœur de l’année 2012 a été "Derrière la haine" et je m’étais promis de continuer à découvrir les livres de cette auteure. J’ai donc continué avec son premier roman « L’instinct maternel » qui lui a valu de se voir attribuer le Prix du Roman Policier de Cognac en 2002.

J’avoue être ravie d’avoir commencé par "derrière la haine" car « l’instinct maternel » n’est pas du tout de la même verve. Bien  qu’intéressant, parfois terrifiant, il m’a manqué ce petit « je ne sais quoi qui m’avait transporté »  à la lecture de « derrière la haine ». J’ai pu, de ce fait, constater la belle évolution dans la plume de Barbara Abel. J'ai découvert un bon roman, écrit avec beaucoup d'investissements, de désirs de partager. Je n'ai pas été transportée, mais ai passé un agréable moment de lecture.

 

L'auteure 

 

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Barbara ABEL est née en 1969. Cette jeune auteure a déjà à son palmarès : un prix Cognac en 2002 et un titre sélectionné pour le PRA en 2003.

Passionnée de théâtre et de littérature, elle se consacre à l’écriture de romans et elle est chroniqueuse littéraire dans une émission culturelle « 50 ° Nord » sur Arte Belgique.

 Elle se plonge dans des univers différents : des romans à suspenses dans lesquels la complexité de ses intrigues est étonnante, la bande-dessinée avec le mythe de l’Immaculée Conception revisité et la comédie avec ses romans : Le Bonheur sur ordonnance et La Brûlure du chocolat.

En 2012, elle revient dans l’univers du roman policier pour le grand plaisir de ses fans avec « Derrière la haine » publié aux éditions Fleuve Noir.

Elle vit à Bruxelles avec son mari et ses deux enfants. Elle est membre de l’association l’Ecole de Caen.